Vivarte : "Nous avons des contrepropositions"

Mis à jour : 5 sept. 2019


23.01.2017

Représentants du personnel


L’intersyndicale de Vivarte organise ce lundi un rassemblement à l’occasion d’un comité de groupe. Les élus, qui travaillent sur un contreprojet avec l'expert du comité, redoutent l’annonce de plusieurs PSE touchant André et la Halle aux vêtements. Les explications de Karim Cheboub, secrétaire CGT du comité de groupe, et la réaction du coordinateur CFDT.


Le comité de groupe de Vivarte se tient ce lundi matin au siège parisien de cette entreprise d'habillement. Les syndicats, qui appellent les salariés à se rassembler devant les locaux, craignent l'annonce de nouveaux PSE (plans de sauvegarde de l'emploi), voire un démantèlement du groupe avec des cessions, plusieurs CCE étant prévus les 24 et 25 janvier dans la foulée de ce comité de groupe. Employé en magasin, secrétaire du comité de groupe après avoir été pendant dix ans secrétaire adjoint, Karim Cheboub est également le coordinateur CGT de Vivarte. Il nous explique dans cette interview la situation du groupe et la stratégie de l'intersyndicale, qui n'est pas partagée par la CFDT.


Pourquoi organisez-vous une manifestation ce lundi à l’occasion d’un comité de groupe ?

Nous voulons alerter l’opinion publique, les pouvoirs publics et nos actionnaires sur la situation préoccupante dans laquelle se trouvent les salariés du groupe. Vivarte emploie aujourd’hui 15 000 salariés mais nous étions encore 22 000 il y a 5 ans, avant la série de PSE, de départs et de ruptures conventionnelles qui ont touché toutes les filiales.


Que craignez-vous ?

Nous redoutons des annonces de suppressions d’emploi d’une grande ampleur, qui pourraient toucher la Halle aux vêtements (qui a déjà connu 1 500 licenciements), Vivarte services (une société de services –informatique, paie- qui travaille pour le groupe) ou encore les chaussures André. Mais nous n’avons pour l’instant pas d’éléments précis. Nous attendons depuis le 28 octobre le plan d’affaires du nouveau PDG, Patrick Puy. Je ne l’ai rencontré qu’à deux reprises, en tant que coordinateur CGT et comme secrétaire du comité de groupe, mais il n’a fait à chaque fois que des déclarations laconiques.


Quelle est la situation économique et sociale de Vivarte ?

Elle n’est pas bonne, pour des raisons extérieures (le mauvais climat économique, la météo…) mais surtout pour des raisons internes. Depuis 2012, les dirigeants ont voulu repositionner les marques du groupe sur une clientèle de classe moyenne. Cette stratégie de Marc Lelandais a été un échec (*). La hausse des prix de nos produits nous a fait perdre une partie de la clientèle populaire et périphérique qui fréquentait nos magasins. Par la suite, le nouveau PDG Richard Simonin a mis en œuvre les PSE qui étaient la conséquence de cet échec. Il a été remplacé en 2016 par Stéphane Maquaire, un dirigeant venu de Monoprix et qui souhaitait relancer l’entreprise avec un plan industriel. Mais il a été rapidement débarqué par les actionnaires qui l’avaient nommé, peut-être parce qu’il avait voulu lancer seul une renégociation de la dette qui pèse sur le groupe.


Vivarte est donc très endetté ?

Oui, lourdement. Cet endettement s’explique par le LBO auquel ont eu recours nos actionnaires pour nous acheter en 2006 (**). Cet endettement a explosé du fait de la crise économique et financière de 2008. En 2014, une partie de la dette a été effacée, mais la contrepartie, c’étaient les PSE que nous avons connus : 300 magasins ont fermé, 2 000 emplois ont été supprimés, etc.. A la CGT, nous demandons que les pouvoirs publics organisent, sur le modèle de ce que fait par exemple l’autorité des marchés financiers (AMF), une autorité ayant un droit de regard et d’intervention dans les entreprises ayant recours au LBO, pour vérifier qui sont les actionnaires, quelles sont les conditions de remboursement, si la société rachetée peut les supporter…


Que comptez-vous faire pour éviter une restructuration brutale ?

Surtout, nous allons présenter ce lundi en comité de groupe des contrepropositions au projet de la direction. Nous avons travaillé en intersyndicale (lire notre encadré) avec l’expert du comité de groupe, Secafi, qui connaît aussi toutes les filiales du groupe, pour bâtir un plan visant à assurer l’avenir du groupe pour les 3 à 5 ans qui viennent, afin d’éviter un démantèlement du groupe. Dès que nous aurons présenté ce plan, nous le médiatiserons. Nous avons eu le 5 janvier un rendez-vous à Bercy qui a été très relayé par la presse. Nous avons sollicité les candidats à la primaire socialiste mais pour l’instant, aucun n’a répondu mais cela devrait venir.


(*) Depuis, Marc Lelandais s'exprime régulièrement dans la presse pour dénoncer, comme ici dans les Echos, "le dépeçage d'entreprises par des fonds vautours". Il réclame une régulation du marché de la dette.


(**) Le LBO est une technique de rachat d’entreprise qui utilise un effet de levier financier, LBO signifiant leverage buy out. Dans cette opération, l’acheteur finance une partie de son acquisition par de l’endettement, un endettement que l’entreprise rachetée doit rembourser en dégageant des marges. Les fonds d’investissement qui recourent au LBO tablent sur une forte plus-value lors de la revente de l’entreprise.




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